« Venez à moi, vous tous qui peinez »
(Mt 11, 28-30)
En ce temps-là, Jésus prit la parole : « Venez à moi, vous tous qui peinez sous le poids du fardeau, et moi, je vous procurerai le repos. Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. Oui, mon joug est facile à porter, et mon fardeau, léger. »
(…) Vous rappelez-vous le jour où je vous ai dit que l’espérance est comme le bras transversal du doux joug qui soutient la foi et la charité, et qu’elle est le gibet de l’humanité et le trône du salut ? Oui ? Mais vous n’avez pas compris le sens de mes mots. Alors pourquoi ne pas m’en avoir demandé l’explication ? Moi, je vous la donne. C’est un joug, car elle oblige l’homme à rabaisser son stupide orgueil sous le poids des vérités éternelles, et c’est le gibet de cet orgueil. L’homme qui espère en Dieu son Seigneur humilie nécessairement son orgueil qui voudrait se proclamer “ dieu ”. Il reconnaît qu’il n’est rien et que Dieu est tout, qu’il ne peut rien et que Dieu peut tout, que, comme homme, il est poussière qui passe alors que Dieu est une éternité qui élève la poussière à un degré supérieur, en lui donnant une récompense d’éternité. L’homme se cloue à sa croix sainte pour parvenir à la Vie. Et il est crucifié par les flammes de la foi, de la charité, mais il est élevé au Ciel par l’espérance, qui est entre elles deux. Mais retenez bien cet enseignement : si la charité fait défaut, le trône est sans lumière et le corps, décloué d’un côté, pend vers la fange parce qu’il ne voit plus le Ciel. Il annule ainsi les effets salutaires de l’espérance et finit par rendre stérile la foi elle-même : en effet, détaché de deux des trois vertus théologales, on tombe dans une faiblesse et dans un froid mortels.
Ne repoussez pas Dieu, même dans les moindres choses. Or c’est repousser Dieu que de refuser une aide à son prochain à cause d’un orgueil païen.
Ma doctrine est un joug qui fait plier l’humanité coupable et c’est un maillet qui brise l’écorce dure pour en libérer l’esprit. C’est un joug et un maillet, oui. Néanmoins, celui qui l’accepte ne sent pas la lassitude que donnent les autres doctrines humaines et toutes les autres chaînes humaines. Celui qui s’en fait frapper ne ressent pas la douleur d’être brisé dans son moi humain, mais il éprouve un sentiment de libération. Pourquoi cherchez-vous à en être délivrés pour la remplacer par tout ce qui est plomb et douleur ?
Vous avez tous vos souffrances et vos fatigues. L’humanité tout entière a des souffrances et des fatigues supérieures, parfois, aux forces humaines. Depuis l’enfant comme celui-ci qui porte déjà sur ses petites épaules un grand fardeau qui le fait ployer et enlève le sourire enfantin à ses lèvres et l’insouciance à son esprit qui, toujours humainement parlant, ne sera plus jamais celui d’un enfant, jusqu’au vieillard qui penche vers la tombe avec toutes les déceptions, les peines et les blessures de sa longue vie.
Mais c’est dans ma Doctrine et dans la foi en moi que se trouve le soulagement de ces poids écrasants. C’est pourquoi on l’appelle la “ Bonne Nouvelle ”. Qui l’accepte et lui obéit sera bienheureux dès cette terre parce qu’il aura Dieu pour le soulager et les vertus pour lui rendre le chemin aisé et lumineux, comme s’il avait des sœurs pleines de bonté qui, en le tenant par la main, éclairent sa route et sa vie par des lampes allumées et lui chantent les éternelles promesses de Dieu jusqu’au moment où, laissant son corps fatigué tomber en paix sur la terre, il se réveille au paradis.
« Les fautes des peuples sont si nombreuses et telles que, si la clémence et la patience de Dieu n’étaient pas infinies, depuis longtemps le monde serait détruit comme horreur de l’univers, horreur que l’on supprime, parce que dans la création parfaite ce qui est ignominieux ne doit pas subsister.
Mais il y a encore des justes dans le monde, qui désormais est vraiment le vestibule de l’enfer et le territoire de Satan. Ils sont rares comme les étoiles dans une nuit de tempête, comme les palmiers dans l’immensité aride des déserts. Mais, comme on le comprend depuis l’épisode d’Abraham, Dieu est prêt à faire preuve de miséricorde même envers les pécheurs, pour les sauver de la punition, s’il trouve parmi eux des justes qui prient. Il veut les sauver des détresses matérielles et morales tant que dure leur jour, leur laisser le temps de revenir au Seigneur jusqu’à leur soir. Cela ne signifie pas les sauver au-delà de la vie s’ils ont mérité le châtiment car, au Jour de Dieu, les intercessions des justes pour rendre la santé à ceux qui sont morts à la grâce ne servent plus à rien. La justice veut suivre son cours. Même s’ils hurlent avec colère et rébellion au Juge éternel : “ Tu nous hais et nous frustres de notre part de bien ”, il leur répondra avec justice : “ Non. Je vous ai donné votre part. Vous vouliez jouir. Jouir de richesses, de puissances, de luxures, de fêtes, obtenues par tous les moyens. Vous les avez eues. Je vous ai laissé jouir comme vous le vouliez. Vous avez choisi. Je respecte votre choix et vous le laisse pour l’éternité. Ceux qui entrent dans mon Royaume, ce sont ceux qui ont vécu chastement, dans la tempérance, qui ont été justes et miséricordieux, qui ont souffert et pleuré même par votre faute, ceux qui ont aimé Dieu, leur prochain et même vous qui les tourmentiez. Allez-vous-en ! Ne disiez-vous pas que c’était de la bêtise de remettre la joie à plus tard et qu’il était sage de profiter du présent dont on est sûr ? C’est ce que je vous accorde. Vous avez joui dans le petit présent ; maintenant souffrez dans l’éternel présent. ”
Les justes prient pour les pécheurs. Malheur s’il n’en était pas ainsi ! Au bain quotidien et perpétuel du divin Sang se mêlent les prières et les larmes des justes. Cette pluie de charité nettoie le monde de ce surplus d’ordure que l’infinie miséricorde ne pourrait supporter. Il s’ensuit que le monde peut durer bien que l’œil de Dieu le regarde avec une sévérité qui nous impressionne, nous les anges. Si par hasard un seul jour passait sans que soit accomplie la moindre œuvre de justice sur votre globe terrestre, si par hasard il se produisait un jour que les justes deviennent pécheurs, alors la lumière ne reviendrait pas éclairer la terre, car elle n’existerait plus. La justice, dans la nuit, l’aurait effacée d’entre les œuvres créées. »
Jamais je n’aurais cru qu’un commentaire de l’Evangile puisse me toucher autant.
Je lis les méditations depuis que vous me les envoyez, avec admiration.
Mais celle-là, c’est un sommet. Je vais demander que le texte de Jean 15, 9-17
soit lu à mes obsèques religieuses si c’est possible... lorsque le jour sera venu !